Interview Emma François

FDNJe partage avec vous cette interview d’Emma François paru dans le Fashion Daily News du mois d’octobre. Bonne lecture car je suis sûre que, tout comme moi, vous allez la dévorer en un rien de temps!!!

FDN

C’est la belle histoire marseillaise, le parcours sans faute d’une jeune femme qui a su imposer son univers et sa marque. La philosophie de ses collections intemporelles a gagné le public enthousiaste, qui vaut à Sessùn d’être aujourd’hui présente dans toute l’Europe et au-delà. Plus de quarante modèles de son Piou Bag sont vendus chaque jour. Curieuse et audacieuse, Emma François n’est jamais a court de nouveaux projets, sur tous les modes : une nouvelle ligne, un CD coproduit avec des pros ou l’engagement auprès de structures culturelles.

FASHION DAILY NEWS: L’ouverture du 34 rue de Charonne, c’est plus qu’une nouvelle boutique?
EMMA FRANCOIS: D’abord ce n’est pas tout à fait une nouvelle boutique, puisque nous en avons fermé une autre, trop petite, dans la même rue pour en ouvrir une trois fois plus grande, de près de 100m2. Le concept a en effet évolué, même si nous sommes restés fidèles aux bases, avec un mélange de bois (huit essences différentes), de fauteuils et lustres en rotin, de patchwork et d’esprit vintage. Ça été l’occasion de travailler avec une petite vannerie qui fabrique des pièces artisanales, mais également avec des artistes, comme Astrid Sleire, une Norvégienne qui a créé les assiettes qui décorent la boutique, ou encore l’anglaise Carolina Melis, qui réalise de superbes tapisseries rebrodées de plumes et de coquillages. Nous avons décidé d’y organiser plusieurs fois par an des expo-ventes thématiques. A cette occasion, nous inviteront des artistes, des plasticiens, et nous proposerons des mini-collections ponctuelles de linge de maison ou de vêtements de fillette par exemple. La première se tiendra du 20 novembre au 30 décembre. Mais je n’ai pas envie de me disperser, il y a trop à faire avec la femme!

FDN: Quelle est la politique maison en matière d’ouverture de boutiques?
EF: Nous en avons trois à ce jour : Paris, Marseille et Aix-en-Provence. Une quatrième ouvrira en février dans le vieux Lille. Nous n’avons pas de réelles stratégie de développement, ni de politique de conquête commerciale offensive.  Ce sont des opportunités ou des coups de cÅ“ur – en l’occurrence, nous avons repris à Lille une boutique qui nous distribuait, sur le point de fermer. Il s’agit uniquement de magasins en propre, car je n’ai aucune envie de gérer des franchises. Je préfère garder la mainmise sur ce qui s’y passe, entretenir des liens avec ceux qui y travaillent, être sure que l’univers nous ressemble. A l’étranger, nous n’avons pas de boutiques, mais un bon maillage dans des pays comme l’Allemagne, les Pays-bas, la Scandinavie ou le Japon. A Londres, Liberty vient de nous référencer, et c’est un sujet de fierté! Il est important de rentrer dans des réseaux qualitatifs, le Bon Marché à Paris ou Journal Standart au Japon.

FDN: Comment expliquer qu’en dépit de la crise, Sessùn connaisse un fort développement ces dernières années?
EF: Notre chiffre d’affaire augmente chaque année de 25 à 30%. Dans ce même temps, depuis 2006, tout a augmenté, à tous les niveaux: les volumes, la distribution, les ventes… Cela nous a permis de devenir plus sélectifs sur la distribution, d’avoir plus d’exigences sur les points de vente. Nous sommes ainsi passer d’un réseau de jeanners à un réseau plus créateur, plus mode. Nous avons également, à notre grande fierté, opéré une montée en gamme grâce à un style qui s’est précisé, une qualité qui s’est amélioré tandis que les prix, eux, ne changeaient pas. Alors la crise, non, nous ne l’avons pas connue, parce qu’elle est arrivée pile au moment ou nous récoltions les fruits de notre travail et de notre nouveau positionnement. Et les consommatrices sont avisées, elles savent reconnaître les bons rapports qualité-prix.

FDN: Tu parles de style. Sessùn, au départ, c’était du streetwear. Aujourd’hui c’est quoi?
EF: C’est drôle, parce qu’on s’aperçoit que le streetwear a disparu, le mouvement n’a pas duré. Je vois les filles, les femmes, qui viennent chez nous: elle cherchent des pièces intemporelles, modes mais pas éphémères, qu’on peut encore porter des années après. Le style est frais, élégant, féminin, je joue beaucoup sur le mix des silhouettes, les mélanges, masculin-féminin, habillé-décontracté. Les gros succès commerciaux de cet hiver, par exemple, sont le marine, les rayures, le caban – tout ce qui est lié au marin. Également les pièces qui évoquent l’univers masculin, les gros pantalons en velours, les pantalons à pinces, les vestes de costumes. Mais nous y ajoutons toujours une dimension personnelle, décalée, comme des pulls indiens ou des motifs ethniques. Les collections sont désormais composées de 150 pièces et 50 accessoires.

FDN: L’accessoire semble vraiment s’imposer dans les collections…
EF: Il prend en effet de plus en plus de place, dans la collection comme dans les chiffres, avec une croissance de 300% et environ 12% du chiffre d’affaire. Notre top dix des ventes ressemble désormais à celui des grandes maisons, avec la moitié réalisée en sacs et chaussures. Les low boots en daim remportent un grand succès, et nous vendons chaque jour une moyenne de quarante sacs « Piou Bag » entre nos trois boutiques! Tout ce qui est chaussure est fabriqué au Portugal! Les reste est réalisé entre le Portugal, la Tunisie, l’Inde et la Chine, en fonction des savoir-faire spécifique de chaque région. Mais les tissus sont français et italiens, et tout ce qui est bouton, fermeture ou pression est également français. Cette transparence m’est très chère car l’éthique et le développement durable -mon sujet de mémoire en anthropologie!- me tiennent vraiment à cÅ“ur. Nous avons donc visité toutes les usines avec lesquelles nous travaillons, vérifié les conditions de travail des ouvriers. C’est d’autant plus important que de plus en plus de consommateurs et de clients font le choix de l’éthique et que l’anti-made in china prend de l’ampleur dans certains pays.

FDN: Tu viens de lancer une nouvelle ligne, Playlist…

EF: Playlist est en fait une sélection de huit pièces de prêt-à-porter et de cinq accessoires. C’est une collection pour sortir le soir, plus audacieuse, avec des talons très hauts, des décolletés profonds, des matières plus brillantes, de la soir, du cuir, des plumes. Elle se situe un peu en marge de mes collections, qui ont toujours une histoire et sont bâties de façon cohérente, et elle va sortir en décalé, un mois avant le calendrier classique, soit en décembre pour la collection d’été. J’avais constaté une demande croissante pour des pièces plus habillées. Les filles s’habillent de nouveau pour sortir dans les soirées, les concerts…

FDN: Peux-tu nous parler du CD que tu viens également de produire?

EF: Le CD, « Sessùn Songs Collection« , c’est un vieux projet, qui vient d’être réalisé avec Guillaume Sorge (qui collabore a de nombreux défilés) et DJ Sundae. Nous avons réfléchi ensemble sur le choix des morceaux, qui sont souvent rares, mélange de new folk, d’électro, de rock, d’airs des années soixante-dix, ce qu’on aime quoi! Le CD a été édité en série très limité, 1500 exemplaires qui sont offerts en boutique. Je ressens régulièrement le besoin d’élargir mon champs d’activités, de m’absorber dans un travail différent, et la musique a toujours été une passion. Nous avons quand même eu un moment d’hésitation car beaucoup de marques ont déjà sorti leur compil’, mais notre démarche était d’autant plus légitime que nous somme engagés depuis longtemps auprès de festivals musicaux comme les Aires Libres à Marseille, Pantiero à Cannes, ou Contra Temps à Strasbourg. Nous avons également des partenariats avec l’association Triangle, lieu d’exposition pour les arts plastiques, et avec Radio Grenouille à Marseille dans les deux cas. C’est très important d’encourager la création.

FDN: Tu n’as pas grandi dans une milieu prêt-à-porter, ni fait d’études de style ou de mode, alors comment te débrouilles-tu pour mettre au point les collections?

EF: J’ai appris sur le tas! Je m’occupe de tout le prêt-à-porter et des chaussures, et je travaille avec une assistante pour les accessoires. Je ne sais pas bien dessiner, ni croquer de jolies silhouettes et nous n’avons pas de studio de création. Mais je fais des petits croquis et, surtout, je travaille directement les prototypes, sur les tissus, avec l’aide de mes trois modélistes. Tous les prototypes sortent de notre atelier, à Marseille. Nous procédons de façon très traditionnelle, comme une maison de prêt-à-porter de haut de gamme!

FDN: Tu te sers beaucoup des salons pour développer la marque?

EF: Nous sommes toujours présents sur le Fame au Who’s Next. Aujourd’hui,c’est davantage que des opérations communication ou image, on y travaille vraiment. En revanche, à notre grand regret, on ne peut pas faire les salons Deuxième Session pour des questions de timing, car les clients sont devenus très exigeants sur les délais de livraison. Nous n’allons plus au Bread&Butter, trop street, trop style mais au Premium, au White à Milan et au Disctrict à Amsterdam.

FDN: Chaque collection raconte une histoire. Mais d’où vient son essence?

EF: Je pars presque toujours d’une gamme de couleurs, qui va coïncider avec les souvenirs d’un livre, d’un film, d’une expo… J’achète beaucoup de livres d’art notamment. Je voyage, j’adore le Japon où je me rends deux mois par an, partout je m’assieds aux terrasses, je guette l’inspiration. J’observe, je me nourris, je remplis des petits carnets de croquis, de réflexions, d’idées… Quand j’interviens dans les écoles ou les lycées, quand je rencontre des étudiants qui veulent se lancer dans la mode, je leur fais toujours la même recommandation: il ne faut pas rester la tête dans le guidon, il faut sortir, nourrir l’inspiration et garder l’entrain.

Propos receuillis par Nathania Cahen.

Bookmark and Share

7 Responses to “Interview Emma François”

  1. Dy Says:

    Une boutique Sessùn dans le vieux lille pour février ! Yoopi !

  2. Jessie Says:

    Je savais que ça allait vous enchanter cette nouvelle! :-)

  3. Audrey Says:

    He he !
    Oh oui quelle bonne nouvelle pour cette fin d annee !
    Bises Jessie

  4. milou Says:

    … la plus chouette surprise de Noël, cette future boutique dans le vieux Lille, et j’imagine très bien où elle pourrait se trouver ;-)
    …..merciiiii.

  5. karine Says:

    Quoi Lille??????????? et BORDEAUX c’est pour quand???????? merci pour ce blog!!

  6. Flora Says:

    J’aurais voulu savoir si la boutique de Lille est ouverte et quelle est son adresse svp .

  7. Jessie Says:

    Elle ouvre le 15 avril! Nous vous en parlons très prochainement!

Leave a Reply